Intelligence naturelle
septembre 2, 2026
tribune libre
De quoi s’agit-il ?
A l’heure où le monde de l’information, l’univers des sciences, et bien évidemment la planète des télécoms, ne parlent que de l’intelligence artificielle, intéressons-nous un court instant à son homologue silencieuse qui mène son chemin sans bruit ni tapage. Ménageant donc les deux bêtises : l’humaine et l’artificielle et évoquons la véritable et vivante intelligence naturelle ou biologique.
Intelligence biologique
Rappelons, que ‘’BIO’’ c’est la vie, c’est-à-dire, bio signifie vie, même minuscule comme celle-là qui a fait baisser les yeux à notre maîtrise. Notre arrogance d’êtres intelligents a pris un coup inoubliable, puisque cette bestiole invisible, mais très intelligente, nous a contraint à rester là cloués et elle a restreint notre mobilité à l’échelle planétaire : c’était une toute petite vie, un être microbiologique.
Tout d’abord, notons ce retard gigantesque : il a fallu du temps à l’Homme pour comprendre le génie de la nature : quand elle agit, elle le fait sans gaspillage de matière ni dépense excessive d’énergie et sans utilisation de produits toxiques non plus. De la goutte d’eau jusqu’aux baleines, en passant par les plantes sans oublier ni les abeilles ni les papillons, la nature est l’œuvre de l’intelligence assurant le rendement maximal. Et la beauté sublime en prime !
Il lui a fallu, à cet homme, ensuite, beaucoup de temps, pour comprendre que la nature n’est pas qu’un gisement de ressources à puiser, mais, qu’elle est une langue à comprendre et un message à lire. Il lui a fallu, enfin, au même homme, du temps pour admettre qu’il a tout à apprendre d’elle et à faire comme elle. ‘’Faire comme’’, c’est mimer ou imiter. Cela est d’autant plus d’actualité que des centres de recherche, partout dans le monde, s’intéressent à cette imitation appelée, à quelques nuances près, bionique ou biomimétisme. Ou encore bio-inspiration, pour désigner les procédés de fabrication, de production …et de transmission, qui miment le mieux et le plus longtemps possible, cette belle nature. Et c’est un aveu sans nom d’ignorance de cet être arrogant : car si nous la mimons, c’est qu’elle est plus intelligente de nous et mieux avancée que nous.
Bio-intelligence dès l’origine
Le biomimétisme de nos jours est, certes, à la mode, mais cela ne signifie pas du tout que c’est une innovation originelle. Beaucoup de réussites bio-inspirées ont été réalisées dans le passé, depuis l’aube même de l’humanité. Pour preuve, et à écouter les spécialistes de l’histoire de l’Homme, les premiers essais de lecture des premiers humains ont débuté par lire les traces laissées par les animaux sur le sol. En effet, l’ichnographie, qui est l’ensemble des empreintes marquées par les pattes animales, était un vrai savoir. Puisque juste en observant les formes des marques, leurs profondeurs et leurs tailles, nos ancêtres étaient capables de préciser la nature de la bête tout en détaillant s’il était un mâle adulte, vieux, femelle, jeune ou enceinte…
Et que, selon certains récits, l’Homme s’est mis à écrire en imitant les traces des mêmes gibiers. Nous y sommes : cette manière de ‘’faire comme’’ a même fondé l’Histoire de l’humanité puisqu’on la date, justement, à partir de l’invention de l’écriture. Or, c’est par pur biomimétisme que l’homme serait mis à écrire et c’est ainsi donc qu’il aurait abandonné la préhistoire pour rejoindre l’histoire. C’est-à-dire par imitation de l’intelligence naturelle : bio-inspiration ichnographique ou biomimétisme animale.
Et d’autres exemples en vrac. Le premier silex, taillé pour couper, n’est autre chose qu’une dent, incisive ou canine, sortie de la bouche humaine, de la gueule animale ou du bec d’un oiseau. La roue, inventée au néolithique, mime le mouvement de la hanche, du genou et de la cheville ensemble, lors de nos marches et de nos courses à pied. La grosse pierre d’abord et le marteau ensuite n’ont fait que reproduire l’avant-bras prolongé par le poing serré de la main… Voilà quelques aventures tirées de l’anthropologie qui prouvent, donc, l’antériorité de l’intelligence naturelle et que l’homme, s’en est bio-inspiré beaucoup plus trad. Les exemples récents sont encore plus nombreux où la bio-inspiration est présente dans tous les domaines : transports à grande vitesse, l’habitat… fermetures auto agrippantes (Velcro),
Biomimétisme cultuel
Même les récits monothéistes ont été précurseurs en bio-inspiration. Caïn, dans le désarroi total après avoir commis le fratricide, se trouve embarrassé par le corps de son frère Abel. Pour enterrer la dépouille d’Abel, Caïn s’est inspiré d’un oiseau : un corbeau qui s’était mis à creuser à l’aide de son bec pointu comme un silex, pour enterrer un autre volatil mort, a donné l’idée à Caïn qui a tout simplement reproduit la scène qui s’est déroulée, devant ses yeux : on dirait une expérience de laboratoire en plein air. Bio-inspiration d’origine cultuelle.
Qu’en est-il alors des télécoms ?
Quelques exemples, non exhaustifs pour illustrer des télécommunications bio-inspirées. Exemple de drone : après avoir observé de très près certains insectes, et après s’être interrogés sur leur vol, des chercheurs ont fini par comprendre la torsion des ailes pendant leurs battements. Plus exactement, c’est la torsion du battement de l’aile qui donne la portance nécessaire au vol. Cette observation qui paraît minime, a permis d’ouvrir la voie à des drones de la taille des insectes, impossible à imaginer il y a quelques temps.
Exemple du satellite : il s’agit d’un papillon, bien précis, nommé le « Morpho », dont les ailes, en cas de forte chaleur, émettent un rayonnement qui fait baisser leur température. Cette « bio-climatisation », qui permet d’éviter toute surchauffe pourrait, tout particulièrement, être utilisée pour la protection des cellules photovoltaïques des panneaux solaires embarqués à bord de ses satellites.
Un dernier exemple de fibre optique. La fibre optique, inventée dans les années 50, est toujours fabriquée à partir du verre mis sous pressions et porté à des températures excessivement élevées (1500°C quand même !), avec l’utilisation contraignante d’un solvant très agressif. Pendant que le processus inventé par l’Homme réclame des conditions exigeantes et énergivores, Euplectella, qui est une éponge océanique tropicale, œuvre, sans conditions sévères de température ni de pression et sans additif nocif, pour, livrer au bout, du verre dont les propriétés s’apparentent aux fibres optiques ultramodernes, de qualité meilleure et à coût dérisoire. Avec deux atouts majeurs : ces filaments sont plus solides et sont fabriqués à température ambiante !
Pour conclure.
Se ressourcer auprès de cette véritable ‘’Bio-pédia’’, offerte à qui est décidé d’apprendre d’elle et de bien s’en inspirer, exige que nous vénérions cette intelligence naturelle. Pour cela, il suffit juste de la protéger. Une fois préservée, elle sauvera notre vie, car la sauvegarder c’est nous sauver.
Par Ata-Ilah Khaouja